Frédéric Chopin

La voix de Chopin

L’Armée des Romantiques a voulu s’attarder sur l’amitié qui unissait Frédéric Chopin à la sœur de la Malibran, Pauline Viardot, aux multiples talents artistiques (à la fois compositrice, pianiste et aussi chanteuse) et dont la culture remarquable impressionnait grand nombre de ses contemporains. La collaboration artistique entre Chopin et Viardot donna naissance à la transcription pour voix et piano de quelques unes des plus célèbres mazurkas de celui-ci. Ces pièces sont plus que de simples transcriptions. En effet, en plus de faire connaître à un large public la beauté intimiste des mazurkas de Chopin, elles n’en sont pas moins un véritable exercice de virtuosité où toutes les capacités vocales de Pauline Viardot sont exploitées (ambitus de la voix exceptionnel, ajouts de cadences).

Toutefois elle va aussi plus loin, en en prenant litteralement possession. Effectivement, elle rassemble, mélange, les thèmes des mazurkas originales. Pour d’autres, elle nous offre un vrai travail de composition, en ajoutant une mélodie supplémentaire, nous proposant alors une perception tout à fait nouvelle de ces célébrissimes mazurkas.

Il nous a aussi semblé intéressant de les coupler à d’autres mazurkas pour piano seul dans le but, d’une part de symboliser cette belle amitié par le biais d’un va-et-vient constant entre les Mazurkas de Chopin et de Viardot mais aussi pour révéler, malgré le contentement avéré de Chopin sur ces pièces, la rivalité sous-jacente qui naît du succès grandissant de ces transcriptions. En effet, Chopin dans une lettre datant de juin 1848 à Marie de Rozières laisse transparaître un léger agacement.

« Maintenant sur les programmes il n’y a plus Mazourkas de Chopin, seulement Mazourkas arrangées par Mme Viardot, il paraît que c’est mieux. Cela m’est égal, mais il y a une petitesse là dessous. Un journal dit qu’elle a chanté la musique d’un certain Mr. Ch. que personne ne connaît et qu’elle devrait chanter autre chose, etc. »